organisation du travail et croissance

Publié le par SES


Section I : Les transformations successives de l’organisation du travail ont été facteur de croissance

A : transformer l’organisation du travail pour le rendre plus productif: L'OST

1.      en quoi la division du travail le rend-t-il plus productif (thèse de A.Smith) ?

Adam Smith est le premier à se pencher sur les bienfaits de la division du travail sur la productivité (doc.3).

toute richesse a pour origine le travail humain, la croissance économique est donc la conséquence d’une plus grande efficacité de ce travail.

La division du travail conduit à une hausse de la productivité pour trois raisons :

     A : elle accroît l’habileté de l’ouvrier (il devient plus habile puisqu’il n’a qu’une seule tâche à réaliser),

     B:  elle élimine les temps morts dus aux changements d’activité (l’ouvrier ne passe plus d’une tâche à une autre),

     C: elle favorise le perfectionnement des machines car l’ouvrier peut se consacrer à la découverte de procédés qui lui faciliteront la tâche.

2.      les principes d’une organisation scientifique du travail ont permis d’augmenter l’efficacité productive du facteur travail

Taylor est un ingénieur américain de la fin du XIXè siècle. Il observe que, dans l’industrie, ce sont les ouvriers qualifiés qui ont une bonne partie du pouvoir car ils sont les seuls à maîtriser les gestes techniques, les savoir-faire de leur profession. Ils en profitent pour choisir leur rythme de travail (évidemment un peu lent, du point de vue du patron...) et, donc, freiner la croissance de la productivité. Pour résoudre ce problème et en quelque sorte déposséder les ouvriers qualifiés de ce pouvoir, Taylor va proposer une « organisation scientifique du travail » (O.S.T.). Les principes sont encore appliqués aujourd’hui (doc.1):

ð     Division verticale du travail : on sépare le travail de conception du travail d’exécution. Les ouvriers font ce que les ingénieurs qui ont étudié scientifiquement le processus de production leur disent de faire. Les ingénieurs déterminent les façons de produire et les gestes, divisent le travail, attribuent à chaque tâche un temps de réalisation (c’est le « chronométrage »). Les ouvriers n’ont plus à penser (ce qui prendrait du temps), ils n’ont plus qu’à produire en respectant les consignes données par le « Bureau des Méthodes » (les ingénieurs).

ð     Division horizontale du travail : l’analyse par les ingénieurs du processus de fabrication permet de décomposer la production en tâches simples permettant d’éviter toute perte de temps. De même, l’étude scientifique de l’environnement du travailleur permet de stocker à portée de main tout ce qui lui est nécessaire pour produire (outils, petites pièces, matières premières). Le but est d’éviter les déplacements des ouvriers, la « flânerie » et les temps morts, comme dit Taylor. On peut parler ici de parcellisation du travail. Cette parcellisation et le chronométrage vont aussi permettre de payer les ouvriers au rendement : le salaire sera directement lié au nombre de pièces fabriquées (« salaire aux pièces »).

 

On voit bien comment le taylorisme favorise la croissance : en autorisant des gains de productivité importants, en incitant par le biais du salaire les ouvriers à aller de plus en plus vite, ce mode d’organisation du travail a transformé les conditions de la production.

 

3.      le fordisme va poursuivre et accentuer les recherches des gains de productivité

Les principes : Henry Ford, propriétaire d’une des premières entreprises automobiles, va mettre en œuvre dans ses usines une nouvelle forme d’organisation du travail qui porte son nom. Comment va-t-il accroître la productivité du travail ?

A / Ford (ou ses ingénieurs) imagine un procédé mécanisé de convoyage (c’est-à-dire de transport) des produits en cours de fabrication d’un ouvrier à un autre. C’est le système de la chaîne, et donc l’instauration du travail à la chaîne. Concrètement, cela peut être un tapis roulant qui circule devant les travailleurs à une vitesse qui leur permet de réaliser leur tâche. Le produit en cours de fabrication défile devant le travailleur. Celui-ci n’est dont plus maître de son rythme de travail.

B / Le travail à la chaîne suppose que les différentes opérations de fabrication soient courtes, donc le travail est très parcellisé. Il suppose aussi que les machines soient relativement performantes pour que les pièces produites aient toutes exactement les mêmes dimensions de manière à pouvoir être montées sans aucun ajustage (système des pièces interchangeables ou standardisation des pièces) : par exemple, il faut que les trous percés dans une carrosserie de voiture pour monter le rétroviseur aient exactement la taille de la vis que l’ouvrier suivant va mettre dans ce trou (si le trou était trop petit, la vis n’entrerait pas et toute la chaîne serait arrêtée).

 

Le fordisme, c’est le travail à la chaîne qui va permettre d’abaisser le prix de vente. C’est la logique de la production de masse (ou production en grande série). En produisant en grande série, on cherche la réalisation d’économies d’échelle. Ce sont les économies réalisées par l’entreprise quand elle augmente les quantités produites, c’est-à-dire la baisse du coût unitaire de production. Pourquoi produire en grande série permet-il d’abaisser le coût unitaire ? D’abord parce que les coûts fixes (ceux qui ne changent pas quel que soit le niveau de la production, par exemple le coût du gardien ou celui de la recherche) sont répartis sur une plus grande production et donc diminuent par unité fabriquée. Ensuite parce que produire en grande série permet d’obtenir des rabais chez les fournisseurs : par exemple, quand on est un gros client d’EDF, on paie moins cher le KWh. Le fordisme a permis la réalisation de très importantes économies d’échelle.

3 / En augmentant le pouvoir d’achat, on crée une dynamique entre l’offre et la demande qui stimule la croissance : c’est ce que l’on appelle le cercle vertueux de la croissance fordiste. Lesgainsde productivité réalisés en augmentant les quantités produites sont ici utilisés pour partie à augmenter le pouvoir d’achat (par baisse des prix de vente et/ou par hausse des salaires), ce qui permet d’augmenter la demande qui va à son tour stimuler la croissance de la production, et ainsi de suite. On peut considérer que c’est ce qui s’est passé dans les pays occidentaux entre 1945 et 1975, pendant la période que l’on appelle souvent « les Trente glorieuses ». Les hausses de pouvoir d’achat permettent l’élévation du niveau de vie et « compensent » des conditions de travail souvent difficiles et pénibles. C’est ce que l’on appelle le « compromis fordiste ». Les syndicats visent surtout à obtenir des contreparties financières à la dégradation des conditions de travail suscitée par l’augmentation de la productivité.


 B/ Les crises de l'OST

La grande nouveauté du fordisme est le lien qu’il instaure entre le développement de la production et celui, nécessaire, de la consommation : on ne peut continuer à augmenter rapidement la production que si on trouve à l’écouler, c’est-à-dire à la vendre. Jusque là, le taylorisme ne s’était guère soucié des débouchés. Mais à partir du moment où on produit beaucoup plus, il faut bien se poser la question. Et le début du 20è siècle ne trouve guère de solutions, à part la colonisation et la guerre (qui sont effectivement de nouveaux débouchés). Ces « solutions » ne sont que momentanées. Ce n’est qu’avec la hausse du pouvoir d’achat de la grande masse de la population, c’est-à-dire les travailleurs salariés, qu’on trouvera réellement une solution au problème des débouchés. C’est le fondement de la production de masse, qui suppose la consommation de masse. Et c’est ce qu’avait bien compris Henry Ford, en payant ses ouvriers beaucoup mieux que ne le faisaient ses concurrents.

Le fordisme s’est donc étendu, permettant à la fois des gains de productivité élevés et des gains de pouvoir d’achat permettant de vendre cette production. Il résolvait un problème que le taylorisme ne permettait pas de résoudre. Mais le fordisme, aujourd’hui, se heurte à son tour aux exigences de la croissance.

 

    

Le fordisme va devenir un obstacle qu’un élément favorable à la croissance économique pour plusieurs raisons :

ð     Au niveau social, dès la fin des années 1960 : les travailleurs s’opposent de plus en plus souvent au compromis fordiste. Le manque d’intérêt de leur travail, sa pénibilité se heurtent de plus en plus à l’élévation du niveau d’instruction des travailleurs et à leur aspiration à maîtriser leur activité. Ces revendications se traduisent concrètement dans des grèves, parfois violentes, et dont les mots d’ordre sont de moins en moins souvent uniquement salariaux : en mai 1968, en France, les slogans du genre « métro, boulot, dodo, y en a marre » traduisent ce ras-le-bol. Mais ces revendications se traduisent aussi par des attitudes anti-productives sur les lieux de travail : hausse de l’absentéisme, coulage de la production (c’est-à-dire, production de mauvaise qualité), turn over croissant (les salariés changent souvent d’emploi, dès qu’ils en ont « assez »), contestation des « petits chefs » (c’est-à-dire essentiellement des contremaîtres qui encadrent directement les équipes d’ouvriers). Résultat : un ralentissement de la croissance de la productivité qui va à l’encontre des principes mêmes du fordisme. Où l’on voit que des considérations sociales peuvent avoir des répercussions économiques directes …

ð     Au niveau économique, à partir de la fin des années 1970 et pendant les années 1980 : le ralentissement économique après 1974 va transformer les conditions de la croissance économique et les employeurs eux-mêmes vont « critiquer » le fordisme. La question est la suivante : comment continuer à augmenter la productivité alors que la demande s’est transformée, en ayant des exigences difficiles à satisfaire par des méthodes de production tayloriennes ou fordiennes ? En effet :

- Les consommateurs, dans les pays développés au moins, souhaitent de plus en plus se différencier de leurs voisins. Il faut donc que les produits soient fabriqués en plus petite série, que les chaînes de production (le capital, donc) deviennent flexibles comme la main d’œuvre et son organisation. C’est la fin, au moins pour un certain nombre de produits, de la production en grande série.

- La consommation est de plus en plus volatile, c’est-à-dire qu’elle change de plus en plus rapidement, à cause des effets de mode en particulier.

- La qualité doit devenir un principe à la base de l’organisation du travail : d’une part, les consommateurs en font un argument essentiel d’achat, d’autre part, la concurrence accrue fait que seuls les producteurs présentant des produits de qualité peuvent résister sur les marchés. Or la qualité dans la production ne s’obtient pas forcément par la contrainte sur le lieu de travail mais plutôt par la responsabilisation et l’autonomie des travailleurs constitués en équipe, principes qui ne sont pas vraiment au cœur du fordisme !

 

C / Les nouvelles formes d'organisation du travail

          1°) de nouveaux objectifs

          2°) de nouveaux moyens

le toyotisme a trouvé de nouveaux moyens pour réduire les coûts 

Le mot toyotisme vient de la marque automobile Toyota. Ce mode d’organisation a donc d’abord été mis en place dans cette entreprise, puis au Japon en général, à partir du début des années 60. Des changements importants ont été mis en place pour réduire les coûts.

ð     zéro stock : les produits finis ne doivent pas attendre les clients sur les étagères (cela coûte cher à l’entreprise : il faut de la place pour les stocks et de la surveillance), les matières premières ou les pièces détachées ne doivent pas être stockées en attendant leur utilisation (même problème de place, et il faut payer les pièces longtemps avant de les utiliser). Résultat : on produit quand on a un certain nombre de commandes, on fait venir les pièces exactement au moment où on en a besoin.

ð     Zéro défaut : l’entreprise par les services offerts et les produits fabriqués doit être irréprochable vis-à-vis de ses clients. La qualité doit donc être une obsession. Même si la recherche de la qualité peut être coûteuse, on sait qu’elle permet aussi la réalisation d’économies : les malfaçons coûtent très cher, le mécontentement des clients aussi, surtout quand la concurrence est forte.

ð     Zéro panne : l’entretien et la fiabilité des machines sont essentiels.

ð     Zéro papier : les économies doivent aussi toucher les bureaux, il faut limiter les opérations débouchant sur un développement de la paperasserie

le toyotisme a permis de mieux répondre à la demande des consommateurs

La différence fondamentale avec le fordisme se situe dans le rôle attribué à la demande. Ici, la demande a un rôle majeur : c’est elle qui déclenche le processus de production. On produit pour répondre à la demande. Dans le fordisme, on produit d’abord et on consomme ce qui a été produit. Qu’est-ce que cela change ? La production, et donc le travail, est organisée pour répondre aux exigences de la demande, en quantité et en qualité. Toyota a donc développé le principe du juste-à-temps : il faut produire ce que veut le consommateur, quand il le veut. Par exemple le Zéro délai : il faut réduire au minimum le temps nécessaire dans l’entreprise pour changer le produit en cours de fabrication, c’est-à-dire qu’il faut que les hommes et les machines soient flexibles. De même, il faut réduire au minimum le délai entre la prise d’une commande et sa satisfaction.

Du fait de ses effets sur les coûts et sur la capacité à répondre à la demande, le juste-à-temps s’est ensuite diffusé, avec des variantes et des adaptations, dans les autres pays. En particulier, il permet de mieux prendre en compte les variations brutales de la demande, variations qui se sont beaucoup accentuées depuis une vingtaine d’années (c’est ce que l’on appelle parfois la volatilité de la demande).

Mais le fordisme et le taylorisme sont loin d’avoir disparu

Et cela pour trois raisons essentielles :

ð     Le fordisme s’étend dans des productions qui en étaient autrefois exclues : la production de services. L’utilisation de l’informatique rend par exemple possible une division technique du travail bien plus approfondie qu’avant dans certains services d’assurance ou de banque. Même dans l’hôtellerie par exemple, la division du travail s’est accrue, chacun ne faisant qu’un morceau de la tâche finale (cependant, dans l’hôtellerie, au sens strict, il s’agit plus de taylorisme que de fordisme).

ð     Le fordisme s’étend aussi dans les pays en développement au fur et à mesure de leur industrialisation.

ð     Atteindre la qualité parfaite passe souvent par une division extrêmement fine des tâches qui rend possible le contrôle à chaque phase de la production. Il est fréquent que, pour obtenir « zéro défaut » ou pour obtenir certains labels de qualité (norme ISO 9000, par exemple), la spécification des tâches à accomplir soit encore plus précise qu’auparavant. L’intégralité des gestes des travailleurs sont alors prescrits, inscrits dans des cahiers des charges que les travailleurs doivent impérativement respecter. Il s’agit là d’un taylorisme extrêmement approfondi.

 

Les conditions de travail qui en résultent sont transformées et la perception qu’en ont les travailleurs n’est pas forcément positive : de plus en plus de travailleurs, quand ils sont interrogés, affirment que le stress au travail s’est accru, de même que la pénibilité : gestes répétitifs, contraintes imposées par le temps, etc… voir mon blog sur Toyota

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